Entre mer et reliefs, le Pays basque

Entre mer et reliefs, le Pays basque
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La rampe de la Concha, à San Sebastian. (Marie Ottavi)
PYRÉNÉES – Balades avec l’artiste Juan Aizpitarte. De la baie de San Sebastian au village de Sare, au pied de la montagne de la Rhune. Source : liberation.fr. Auteur : Marie Ottavi.

Au Pays basque, mieux vaut éviter de parler de territoires français ou de terres espagnoles. Optez plutôt pour le Nord (iparralde en basque) et le Sud (hegoalde). Ça peut aider, une fois sur zone, à se faire des amis, ou au moins quelques compères de route prêts à évoquer leur chère terre.

Juan Aizpitarte est l’un de ceux-là. Artiste et vidéaste, cousin d’Iniaki Aizpitarte, chef fort doué du restaurant Le Chateaubriand et du Dauphin à Paris, il vit « entre les deux côtés ». Le jour, Juan dirige un centre d’art situé à San Sebastian. Le soir, il remonte à Socoa, à 25 kilomètres en longeant l’océan, où il vit avec sa compagne et sa fille née en octobre. Comme beaucoup de locaux, il «profite du cadre», surfe sur les plages sans favoriser un pays ou un autre, et monte de temps en temps vers la montagne, qu’il dit «magnifique».

Divisé en sept provinces (quatre espagnoles, trois françaises), le Pays basque (Euskadi dans le texte) peut s’explorer en slalomant entre ses deux nations, dénuées de postes frontières depuis dix-sept ans. L’arrivée se fait par Biarritz et se poursuit le long de la côte où les vagues sont impressionnantes de septembre à décembre. La traversée de Saint-Jean-de-Luz annonce déjà que l’Espagne et surtout San Sebastian, approchent. Distantes d’une petite trentaine de kilomètres, les deux villes présentent des similarités. Une même bourgeoisie (l’historique pull noué sur les épaules fait partie de son folklore), la culture thalasso en commun, une topographie similaire (orientation et courbe), un vent et des marées identiques. Et la beauté aussi.

Une grande partie de San Sebastian a changé de visage au XIXe siècle. La ville fut reconstruite après une série d’incendies dévastateurs. Depuis des lustres, les promeneurs se posent près de l’eau, hypnotisés par le banc de sable immense (long de 500 mètres) de la baie et des deux immenses rochers qui la découpent. Les familles et les amis se retrouvent là pour discuter en longeant la plage. On s’accoude à la barandilla de la Concha, rambarde blanche, symbole de la ville. «C’est une frontière entre le monde sauvage et la ville civilisée», remarque Juan Aizpitarte qui l’a détournée dans l’une de ses installations. La côte a connu de fortes vagues de construction hôtelière dès les années 60. La montagne, plus sévère et traditionaliste, a un peu résisté au raz-de-marée touristique. Elle est à moins d’une heure à l’est. Aucune route ne suit la frontière, ce serait trop simple. Aujourd’hui, le passage d’un pays à l’autre est indolore, parfois invisible.

Sur l'ancien chemin de Jacques-de-Compostelle avec, à l'arrière plan, le bas du village de la Sare.

Sur l’ancien chemin de Jacques-de-Compostelle avec, à l’arrière plan, le bas du village de la Sare.

Au fil des ans, les Mugalari, contrebandiers d’un autre temps, se sont transformés en légende qu’on se raconte entre générations. Ces passeurs faisaient du trafic en tout genre avec leurs voisins, si loin si proches. Mais certains d’entre eux ont bravé le danger sur ces terrains embusqués où ils aidèrent la résistance à franchir les lignes du temps de la guerre d’Espagne puis face aux nazis. Désormais, on ne risque plus rien, sauf à se perdre, sur les «itinéraires bis». Les Français viennent encore chercher tabac, alcool, essence, fruits et légumes au sud. Les Espagnols montent au nord acheter de l’huile d’arachide par hectolitres, du lait et des médicaments. Côté ibérique, il y a deux vices alléchants au succès jamais démenti : les machines à sous et les bordels toujours actifs.

«Ca ne se remarque peut-être pas quand on passe peu de temps ici mais les références culturelles ne sont pas aussi poreuses que les terres. Les deux côtés restent très différents. Les Espagnols sont probablement plus sympathiques tout en restant plus fermés à la culture française», souligne Juan Aizpitarte.

Dans la montagne, à l’arrière-saison, le voyageur sait qu’il rencontrera une pluie fréquente, des paysages d’un vert irlandais, des routes en lacets, des forêts garnies de champignons. à l’entrée dans les terres, on passe par la ville d’Etxalar et son col. Les chasseurs de palombes et de cèpes s’y pressent à l’automne comme à Iraty, côté français, pour les mêmes raisons.

Un vieux connaisseur conseille de partir vers Zugarramurdi et ses grottes de sorcières. Ici, il y a quatre cents ans, on y brûla hommes, femmes, enfants pour actes de sorcellerie. En 2014, on vend des poupées au chapeau pointu à l’épicerie du coin. à Urdax, on croise des écoliers qui jouent au ballon au pied de l’église. Ils parlent couramment le basque, langue si complexe pour qui en est resté au latin (le plus ancien dialecte d’Europe de l’Ouest n’est affilié à aucune langue connue). Leur école (à Ustaritz « au nord ») est bilingue et se porte très bien puisque «beaucoup de parents reviennent à l’enseignement en immersion totale ces dernières années», confie la maîtresse.

À Sare, sur les terrasses, on entend plutôt parler français, anglais et japonais. Sare fut l’un des premiers « plus beaux villages de France », appellation très recherchée par les petites communes. Hautement typique, il est presque trop beau, séduisant comme un gros gâteau. Les Saratars sont habitués au passage des touristes (l’ancien chemin de Compostelle arrive au village). «Mais ils restent aussi très Basques», souligne un restaurateur. Entendre: Très attachés à ce qu’on ne les envahisse pas. Les Abertzale (patriotes) n’ont pas disparu même si les branches dures de l’autonomisme ont baissé les armes.

La place principale à Sare.

La place principale à Sare.

Sare et ses platanes sont au pied du massif de la Rhune. Il se gravit en deux heures et ce n’est pas rien. L’été passé, sur ce chemin caillouteux, on croise des chevaux noirs en plein repas de marrons et quelques grosses vaches. Pas une âme humaine qui vive si l’on s’y prend bien. Au sommet, la vue à 360 degrés donne un aperçu impressionnant sur la région et sur tout ce qu’il reste encore à y découvrir.

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