Contes et légendes du pays basque : les laminak

Contes et légendes du pays basque : les laminak
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Au Pays Basque (comme ailleurs…) les contes et les légendes sont certainement les genres littéraires qui plongent le plus profondément dans la mentalité populaire. Certains, remontent bien au-delà de la christianisation. De cette période, subsistent des êtres mystérieux : les laminak. Androgynes, à l’aspect physique mal défini, les laminak sont tributaires de l’homme dont ils réclament l’assistance en échange de promesses (pas toujours tenues !) de fabuleux trésors. La christianisation a été l’occasion d’une libre adaptation des paraboles chrétiennes, illustrées par les aventures de Jésus et Saint-Pierre. De tradition orale, ces légendes se sont transmises par les récits maternels, et au hasard de rencontres avec des personnages aussi typiques qu’insolites. La liberté de construction de la langue basque se prête merveilleusement à la construction de récits en tout genre. La traduction à peu près littérale des légendes proposées dans cette rubrique conserve ainsi la saveur des expressions locales. Source : francois.valiente.free.fr/legendes.html

Il y a quelques deux ou trois cents ans, les Laminak, dit-on, avaient une demeure à Saint-Pée, sous le pont d’Utsalea. Mais, on avait beau y regarder, personne ne pouvait rien savoir de cette retraite. Une fois, cependant, raconte-t-on, un de ces Laminak allait mourir. Ses compagnons savaient fort bien que son heure était venue ; et, fatalité, il ne pouvait absolument pas trépasser, sans qu’un être humain – qui ne fût pas un Lamina – fût venu le voir et eût récité devant lui une prière, si petite fût-elle !
Les Laminak avaient un ami à Gaazetchea ; l’un d’entre eux s’en fût au près de lui :
Par grâce, vous allez venir jusque chez nous !… Un de nos compagnons est très mal, et il ne pourra exhaler son dernier souffle que vous ne l’ayez vu et que vous n’ayez dit une petite prière pour lui. Vous aurez un beau salaire : une somme de cinquante francs, sans compter quelques étrenne.
Cinquante francs n’étaient pas alors faciles à gagner… La femme de Gaazetchea se résout donc à l’expédition, et advienne que pourra !…

Tandis qu’ils s’acheminaient tous les deux vers le pont d’Utsalea, le Lamina dit à sa compagne :
S’il vous arrive d’entendre quelque bruit, tout à l’heure, tandis que vous sortirez de chez nous, ne regardez pas, je vous prie, en arrière ! Allez toujours votre chemin, droit devant vous. Sans cela, vous perdrez votre cadeau, et vous ne vous en serez même pas doutée.
– C’est bien. Je ne vais certes pas regarder en arrière !
Les voilà donc près du pont d’Utsalea. Il leur fallait traverser, pour entrer dans la maison. Le Lamina frappe l’eau avec une sienne baguette, et, tout de suite, l’onde de divise en deux parts. Tous deux ils passent ; et, derechef, de sa baguette, le Lamina frappe l’eau qui reprend immédiatement sa place.
La femme pénètre dans la maison ; elle dit une prière devant le Lamina expirant et s’apprête à sortir.
Mais les Laminak n’entendaient pas qu’elle s’en allât ainsi, sans s’être du tout restaurée : Elle mangerait bien une bouchée tout au moins !
Ils lui servent donc un fort bon repas ; et puis, en plus d’une somme de cinquante francs, ils lui remettent une tabatière en or.

Ravie, elle s’en retournait donc chez elle. Tout à coup, entendant quelque bruit, elle tourne la tête… Adieu ! Sans même qu’elle s’en rende compte, elle perd… sa tabatière en or !
Toujours avec son Lamina, elle arrive au bord de l’eau. Comme précédemment, le Lamina prend sa baguette et frappe. Mais, cette fois, l’eau ne s’est point divisée.
Il frappe encore une fois ; mais, encore une fois bien inutilement. Dès lors, le Lamina savait pourquoi l’eau ne se divisait pas ; mais il n’osait pas s’en ouvrir à sa compagne. Une dernière fois, il frappe avec la baguette… Et l’eau de demeurer toujours immobile !
Le Lamina dit alors à la femme :
Vous devez avoir, sur vous, quelque petite chose à nous et que vous aurez prise par mégarde ?
Elle veut dissimuler et répond :
Je ne crois pas, Madame Lamina !… à moins que ce ne soit quelque épingle…
Elle se fouille et dit :
Non, non, je ne trouve rien.
– Cependant, je n’arrive pas à diviser l’eau !… Et dès lors, si vous ne dites pas votre larcin, nous voilà ici pour un moment !
Et la bonne femme de dire alors : Tout ce que j’ai sur moi, c’est un tout petit peu de votre pain que j’ai pris dans le coin de mon mouchoir, afin de montrer chez moi combien il est blanc. (Il l’était, dit-on, plus même que la neige.)
– C’est une chose qui peut arriver à tout le monde… Mais on ne peut rien emporter de chez nous. Voilà pourquoi vous me rendrez ce pain, je vous prie, personne ne devant jamais rien voir de ce qui nous appartient.
La brave femme lui rend donc le pain, et à peine la baguette a-t-elle effleuré l’eau, que, tout de suite, cette eau s’entr’ouvre et se range. En même temps aussi s’évanouissait le Lamina…

La pauvre femme de Gaazetchea, cette nuit, y gagna d’avoir fait son voyage pour rien, car, tandis qu’elle s’en revenait, les cinquante francs fondirent eux aussi dans sa poche ! Voilà pourquoi, de nos jours encore, nous ne savons pas au juste des Laminak, ni ce qu’ils sont, ni de quoi ils se nourrissent, ni dans quelles habitations ils vivent.

Légendes du Pays basque : le Basa Jauna

Légendes du Pays basque : le Basa Jauna
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Souvenirs d’avant la christianisation du Pays basque : mi-dieu mi-homme, le basa jauna (ou seigneur sauvage) est un personnage de grande taille, très velu et possédant une force exceptionnelle. C’est le seigneur sauvage de la forêt. Les basa jaunak travaillaient la terre bien avant l’homme et suite à un pari l’homme gagna des graines et put enfin lui aussi cultiver. Les basa jaunak sont également réputé pour être des ravisseurs de jeunes femmes. La femme du basa jauna est la basa anderea. Voici l’histoire d’Anxo et les vachers.


Autrefois, il y avait à Esterençuby, sur la frontière espagnole, quatre vachers. L’un d’entre eux était un jeune garçon. Lorsqu’ils étaient endormis, dans leur cabane venait se chauffer Antxo, le Basa Jauna (Seigneur Sauvage). Et quand il s’était chauffé, il mangeait de leur nourriture. Les bergers recevaient un pain et d’autres mets, et en laissaient un morceau tous les soirs, la part d’Antxo.

Une nuit, voyant que la part d’Antxo n’avait pas été faite, le petit garçon dit :
– Où avez-vous mis la part d’Antxo ?
– Donne-lui la tienne si tu veux, lui répondirent les autres.
Le garçon laissa sa part sur la planche habituelle. Le Basa Jauna arriva comme à l’ordinaire. Après s’être chauffé, il mangea la part du petit garçon. Bien réchauffé et repu, il partit, emportant les vêtements des vachers, sauf ceux du petit garçon.

Cette nuit là il neigea très fort. Le lendemain matin, les vachers ne trouvant pas leur vêtements, dirent au garçon :
– Vas chercher nos vêtements.
– Moi ? Non.
– Vas, nous t’en prions.
– Quelle récompense me donnerez-vous ?
Ils avaient une mauvaise génisse et la lui promirent.

Le garçon part, et en arrivant à la caverne où était le Basa Jauna, il cria :
– Antxo, donnez-moi les vêtements de mes camarades.
– Tu ne les aura pas.
– Je vous en prie, donnez-les moi ; ils m’ont envoyé les chercher.
– Que te donne-t-on pour la peine ?
– Une mauvaise génisse.
– Prends-les donc, et prends aussi cette baguette de coudrier. Marque ta génisse et donne lui cent et un coups, le cent et unième plus fort que les autres.

Le garçon fit ce qu’avait dit Antxo. Il donna à sa génisse cent et un coups, et après un court instant, la génisse lui produisit un troupeau de cent et une belles bêtes. A cette époque, les Basa Jauna conversaient avec les chrétiens.

Source : euskadi.net.free.fr

Crédit photo : vlez via Flickr (cc)