Cinquante lettres en basque retrouvées à Londres datent de… 1757

Cinquante lettres en basque retrouvées à Londres datent de... 1757
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Une correspondance vieille de trois siècles a été découverte dans les archives de l’Amirauté britannique. Entièrement rédigées en labourdin, dialecte basque, ces pièces représentent un trésor linguistique inédit.

Jamais autant de courriers rédigés en langue basque à une époque si reculée n’avaient été retrouvés jusqu’à présent. Près de cinquante lettres, toutes datées de 1757, ont été sorties des archives de l’amirauté britannique il y a une dizaine d’années. Leur existence vient seulement d’être révélée, par le quotidien régional Sud-Ouest.

« Othoi çato etchera » («Je t’en prie, rentre à la maison»). Ces mots commencent et rythment la plupart des lettres retrouvées. Restés au Pays basque, épouses de marins, mères de pêcheurs et amis d’explorateurs se plaignent de ne pas recevoir de nouvelles de leurs proches, partis vers les eaux lointaines du golfe du Saint-Laurent, à l’entrée du Canada.

Fondée trente ans auparavant par le traité d’Utrecht (1713), la colonie française de Louisbourg attire nombreux les Bretons et les Basques. Ils viennent pêcher baleines et morue dans les eaux poissonneuses de Terre-Neuve. Leurs absences sont longues, et leurs jours mis en danger par la guerre de Sept ans (1756-1763) qui menace depuis un an cette zone de pêche convoitée par les Anglais. Leurs proches inquiets demandent instamment leur retour. Ces supplications demeureront sans réponse, car les pêcheurs regrettés n’ont jamais reçu ces lettres.

Le bateau Le Dauphin qui devait les déposer à Louisbourg est bien parti de Bayonne le 4 avril 1757, mais n’est jamais arrivé à bon port. À peine quelques jours après son départ, trois navires de l’armée anglaise le saisissent. La centaine de lettres, dont les cinquante écrites en basques, est mise sous scellés, le temps du procès de l’équipage français. Elles resteront près de trois siècles enfermées dans les archives de l’Amirauté britannique. Jusqu’à ce que Xabier Lamikiz, Xarles Videgain et Manuel Padilla, trois universitaires et linguistes du Pays Basque, ne mettent enfin la main sur cette correspondance inédite.

Un trésor linguistique inédit

Rédigées en labourdin, langue parlée au Pays Basque, ces lettres présentent un grand intérêt linguistique, commente Manuel Padilla dans un article universitaire. « Notre connaissance du basque était jusque-là surtout basée sur des œuvres littéraires, les autres types de textes se faisant rares, mais cette découverte comble ce manque. Elle va nous permettre d’étudier la langue telle qu’elle était parlée au milieu du XVIIIe siècle, par des gens de la classe moyenne et des milieux modestes. »

Truffée de noms de famille et de noms de maisons, la correspondance fera également la joie des généalogistes. En attendant, elle sera publiée dans la revue scientifique Lapurdum,. Son titre sera cette phrase émouvante que l’on retrouve si souvent dans les lettres : Othoi çato etchera.

Source : lefigaro.fr

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